Contributions des aumôniers

Lettre d’encouragement  du Grand Rabbin Michel GUGENHEIM adressée aux jeunes participants de l’opération Matsa de l’espoir

Chers Amis,

Lorsque Avraham Avinou a pratiqué sur lui-même la circoncision à l’âge de cent ans, il était, on s’en doute, en proie à la douleur et à l’affaiblissement, surtout le troisième jour.
Il eut la surprise de recevoir la visite d’un très illustre visiteur, en la
personne … de D. Lui-même.

Cette leçon bien connue du Midrach nous indique l’incroyable dimension que le judaïsme confère à la Mitsva de bikour ‘holim –la visite aux malades. Quand nous rendons visite à un malade, nous marchons sur les pas de D., sur la voie qu’Il a tracée ; et en L’imitant, en reproduisant Son exemple, nous nous rapprochons de Lui.

C’est là, en vérité, le fond même de l’éthique juive.

Quand quelqu’un est malade et hospitalisé, il se sent terriblement diminué, en état d’infériorité,de dépendance.

Il lui semble que son devenir lui échappe, il est non seulement dans la main de D., mais aussi dans celle des hommes. Quand, de surcroît, arrive une fête qu’on célèbre
habituellement dans la joie et la proximité de ses proches, quand survient la
nuit du Séder de Pessa’h et qu’on ne dispose pas même de Matsot, on peut être
vraiment touché par le désespoir.

Aussi, quand tout- à-l’heure, vous allez porter Hagadot et Matsot, quand vous allez offrir vos sourires, votre enthousiasme et votre jeunesse, vous permettrez à ceux qui
souffrent de retrouver le moral et l’espérance. C’est magnifique !

Il n’y a pas, en vérité, de meilleure préparation à la fête de Pessa’h que de participer à cette exceptionnelle action.

Merci pour votre  engagement, bravo pour votre dévouement. Et
bonne fête de Pessa’h !

Grand Rabbin  Michel GUGENHEIM

Directeur du Séminaire Israelite de France

PRISE DE PAROLES AU CONGRES NATIONAL DE LA SFAP (SOCIETE FRANCAISE D’ACCOMPAGNEMENT ET DE SOINS PALLIATIFS )

STRASBOURG 2012

 

 

QUOI DE NEUF EN DIX ANS ?

L’AUMONIER EN SOINS PALLIATIFS EN 2012

Qu’il y ait une transformation dans la prise en charge du patient en soins palliatifs ces dernières années, semble évident ! La question même est incongrue. Toute l’approche de la maladie, du patient, de ses proches s’est considérablement métamorphosée.

Mais percevons-nous une évolution identique, de la part du public, du personnel hospitalier, du patient lui même et de ses proches à l’égard de l’aumônier ?

Ce dernier a toujours été présent dans les hôpitaux. De tout temps, on pouvait le consulter, l’interpeller.

Mais en 2012, son appui, sa prise de paroles en soins palliatifs sont-ils accueillis différemment d’il y a dix ans ?

Cette même question s’adresse aussi à l’aumônier que je suis. Mon approche, mon attitude devant le malade, ceux qui l’entourent, se sont ils modifiées durant ce laps de temps ?

Bref, dans cette « crise » du sens, vécu par ceux qui souffrent, l’approche spirituelle et religieuse est-elle appréhendée avec un autre regard d’un coté comme de l’autre coté du lit de tourmente ?

Dans le cadre de cette double interrogation, j’ai consulté et compulsé le maximum d’articles d’associations diverses concernant la spiritualité en soins palliatifs.

A ma grande surprise, je me suis aperçu que tout un pan d’un travail de sociologie manquait. En effet, bien que les soins aient considérément évolués, que l’accompagnement, le travail du bénévole, la formation de ce dernier en 2012, n’ont plus rien à faire avec ce qui était proposé il y a quelques années, de tout cela, nous en sommes tous convaincus mais aucune trace écrite n’en ébauche l’évolution.

Se pose alors la question : Quoi de neuf en dix ans concernant l’aumônier ?

Dans le cadre de cette prise de paroles, je me propose donc de dégager certains points qui me semblent sensibles et qui mériteraient selon moi, d’être largement examinées. Certaines notions seront à peine évoquées, elles s’imposent d’évidence, d’autres seront plus développées.

 

1) Premier point : le lieu de la prise en charge du patient a changé.

Aujourd’hui le retour à domicile est de plus en plus désiré. L’on soigne en ambulatoire, il y a un plateau technique plus élargi qui le permet et le malade  ne reste plus à l’hôpital. Deux conséquences s’en dégagent :

a) La complicité entre l’aumônier et le patient s’en ressent. Durant l’accompagnement, on ne parle pas dès l’abord de vie, de mort, de convictions et d’inquiétude avec un inconnu ! Fut-il aussi sympathique que nous ! L’on doit s’apprivoiser, devenir complices, s’apprécier même. Et cela prend du temps.  Alors que la possibilité du contact est bien plus brève, mon maitre en communication  m’a toujours appris à aller au rythme du patient : ni le précéder, ni le suivre, mais être à ses cotés, sans brûler les étapes.

Et que dire lorsque les soins sont prodigués dans un box, sans âme, sans photos d’êtres aimés, sans message, sans ce qui permet d’établir un lien personnel ? L’aumônier n’est plus alors perçu comme quelqu’un de charnel avec qui l’on partage, l’on échange, mais bien comme une fonction ! Une question souvent technique lui est alors posé : à lui d’essayer d’y répondre avec nuances ! Il n’est
plus aumônier, être charnel, mais il fait parti d’un espace appelé service d’aumônerie : Nuance utile mais détestable.

b) De plus, jusqu’à présent, le contact se réalisait à l’hôpital, dans un lieu neutre ; à la maison, l’on pénètre dans la sphère de l’intime et de ses proches. Si certains
bénévoles formés franchissent le pas, accompagnent selon la nécessité, l’aumônier fait-il ce suivi ? A-t-il une équipe qui le seconde ou sa responsabilité ne s’exerce que dans la sphère hospitalière ? Aujourd’hui, plus que jamais si le médecin spécialiste a de nombreux relais, l’aumônier doit pouvoir proposer une proximité spirituelle pour ceux qui le désirent. Que proposer au sein de nos grandes métropoles ?

Il est intéressant de noter que l’association de bénévoles Pierre Clément de Strasbourg avec laquelle j’ai des contacts, réalisait, selon son Président, il y a dix ans, dix accompagnements à domicile. Aujourd’hui elle en réalise cent par an.

Permettez moi  aussi un mot qui me semble nécessaire à cette petite analyse quant à ceux qui font parti des bénévoles. Même s’il n’y a rien à dire concernant leur formation et compétence si ce n’est de les remercier pour leur abnégation et leur
volontariat, toujours selon Pierre Clément, et cela reste à affiner, à l’origine, le groupe de bénévoles était constitué à 100%de dames, âgées de plus de 65 ans ; aujourd’hui à 25%, l’on trouve des hommes, qui ont entre 40 et 60 ans. De même, et j’aimerais  le souligner, celui qui s’investissait, le faisait, à l’époque, mu par un
sentiment de devoir, de charité ; aujourd’hui, ce n’est plus le don  qui prime mais bien l’échange. Je donne en tant que bénévole mais je veux recevoir. Bref, je fais de l’accompagnement comme je pourrais faire de l’humanitaire ; je m’investis pour quelques temps puis j’aspire à une nouvelle expérience de vie. Je n’agis plus par
sacerdoce !

 

2) Autre point à souligner

L’évolution de la société est bien plus anxiogène  à notre époque. Si les médias me renvoient des images de violence ; elles sont virtuelles, paraissent sans impact. Mais au sein de la sphère familiale, l’on ne parle ni de maladie, ni de mort, ni de souffrances. La question du deuil est rarement abordée et ces notions importantes sont souvent gérées dans l’urgence.
Il n’y a plus de recul lorsque le drame frappe.

3) Il nous faut aussi mettre en avant le phénomène de longévité

Aujourd’hui, il n’est pas rare, que les parents très âgés enterrent leurs propres enfants. Et que dire des familles recomposées ou d’enfants dispersés qui ne peuvent plus forcément accompagner leurs proches. Qui réalise alors cet accompagnement ? Avec qui échanger intimement ?

4)  Doit-on dire aussi ici la perte de la notion du religieux et de son vécu, même pour celui qui a une pratique religieuse

Même pour celui qui a une pratique religieuse, je le souligne ! L’on trouve de plus en plus des personnes qui réalisent certains gestes de pratique, mais qui n’ont plus de mentalité religieuse,  même si cette dernière reste à définir !

A présent, plus que jamais, je puis me déclarer religieux  mais ne plus accepter de me soumettre par exemple à un verdict divin qui  me semble scandaleux. Ceci
induit une nouvelle relation à la maladie ainsi qu’à la mort. Quantité de versets des Psaumes mettrait aujourd’hui en exergue le fossé entre la sérénité de notre Zaken imbibé des valeurs de la Thora et celle du patient  contemporain fut-il « religieux ».

De même, dans le temps, la personne religieuse, ou celle qui ne l’était pas, considérait comme « normal » de disparaître à la fin de son séjour terrestre. L’on
ressentait moins d’effroi devant cette échéance. La maladie était acceptée
comme phénomène plus naturel.

Sans doute aussi pour la génération précédente, la période  de la guerre ou du déracinement a-t-elle emplie le vécu de tout un chacun en l’acculant à aller jusqu’au bout de soi même. Aujourd’hui, dans notre société basée d’abord sur la rentabilité,
le sentiment d’avoir traversé sa vie avec un contenu intense et spirituel n’est
plus forcément de mise.

 

5) Nous devons aussi parler d’une croyance irraisonnée dans
les effets de la médecine

Pour le public, cette dernière peut tout guérir, doit tout guérir. Le reste n’est qu’échec. Or souvent, la société réagit aujourd’hui par émotion, de façon immédiate, mais non pas de façon raisonnable. Alors que la mort doit s’inscrire dans un processus de vie.

 

6) J’aimerais aussi dire l’impact de l’image

Internet, c’était il y a dix ans ! Entre ces deux dates, un monde ! Un monde qui régit l’image que je donne de moi, qui impose l’immédiateté, la vitesse. Aujourd’hui, pense le patient, je sais ce que j’ai, je me renseigne. Mais je veux aussi guérir très rapidement. De même, m’est insupportable tout handicap. Le seul schéma, la seule valeur étalon qui m’est proposé est celui d’une star, d’un monde à la Hollywood !
Actuellement l’on se définie si souvent par le corps, on s’identifie à un esthétisme. Comment alors entendre de l’accompagnant une parole de patience, de raison, si le diminué se vit comme rejeté, inutile ?

7) Enfin, et cela sera mon dernier point,  je désire mettre en exergue la formation des aumôniers :

Il nous faut, à la fois souligner le cursus de ces derniers qui ont travaillé leur communication, la capacité de collaborer en équipe, l’approfondissement de l’approche de la maladie, ce qu’elle représente en termes de souffrances, de soins, de réussite de guérison.

Mais je veux  aussi souligner une méfiance ou une indifférence  encore souvent présentes dans les services : A chacun son « job » pense t- on ; l’aumônier est là pour les moments et gestes ultimes, croit-on.

Je participe souvent à des formations proposées aux cadres hospitaliers et je sais qu’aujourd’hui aucun aumônier ne parlerait de la souffrance en termes de souffrance rédemptrice ! Combien de fois par contre, réfléchissons-nous à notre attitude physique, aux mots à prononcer, la manière de les prononcer, comment prier au chevet d’un patient, à sa demande.

Tout aumônier sait faire la différence lorsque cela s’avère nécessaire , entre le spirituel et le religieux.

Souvent, lorsque nous intervenons dans ces mêmes formations, dans un désir bien légitime d’être proches des patients et de leur famille, les formateurs nous demandent, à nous aumôniers les derniers gestes à réaliser afin de ne pas heurter ni commettre d’impairs. Je pense souvent que ces questions indispensables sont bien restreintes ! Notre intervention auprès d’une équipe soignante n’est elle que technique ? Ne peut-elle aboutir à un échange commun sur la vie, la mort, un sens de l’existence ? L’aumônier est-il souvent convié à  un débriefing, une supervision ?

Dans le même ordre d’idée, je suis toujours frappé de voir sur les murs de salle d’attente dans les hôpitaux, soit une information à propos des aumôneries soit une autre publicité pour des associations d’accompagnants mais je n’ai jamais vu une information commune. Et pourtant, ne sommes nous pas tous dans le même bateau ? Je ne milite pas pour ma cause exclusive lorsque je suis devant un être en souffrance. J’essaye de répondre présent à celui qui est porteur de l’image divine. Ne peut-on travailler en équipe, ne peut-on  faire tomber les préjugés,  les murs de méfiance ?
Une équipe médicale en soins palliatifs doit savoir que les bénévoles ou l’équipe
d’aumôniers que nous sommes peuvent être un plus au sein du service.

Que ces quelques lignes  aboutissent au moins au fait de faire savoir notre capacité à être des compagnons de route du personnel hospitalier ! Car nous, à l’instar du
reste du service, faisons en sorte que ces semaines de soins, ces quelques
jours de suivi médical, ces brefs moments ne restent pas  simplement des instants de rencontres mais bien des moments d’éternité et de sérénité.

RABBIN CLAUDE SPINGARN

AUMONIER AU CENTRE REGIONAL DE LUTTE CONTRE LE CANCER

CENTRE PAUL STRAUSS et aux HÔPITAUX UNIVERSITAIRES DE STRASBOURG

c.spingarn@orange.fr