Manger cacher

 Hamodia – N°116 – 24 mars 2010 – par Serge Golan

« Des barquettes glatt-casher pour les hôpitaux ! « 

Cela n’a pas été sans contretemps, mais l’Aumônerie générale israélite des hôpitaux a enfin été officiellement créée il y a deux mois. Une structure placée par le grand rabbin de France, Gilles Bernheim, sous la responsabilité du rabbin Mikaël Journo, rabbin de la communauté de Fontenay-aux-Roses et secrétaire particulier du grand rabbin de Paris, David Messas. Pour Hamodia, le premier Aumônier général des hôpitaux expose ses projets afin « d’apporter aux malades la possibilité de pratiquer leur judaïsme ».

 Hamodia – L’existence d’une Aumônerie israélite des hôpitaux paraît tellement « évidente », qu’on imaginait qu’elle avait toujours existé !
Rav Mikaël Journo – Et bien, figurez-vous que non ! Bien sûr, jusqu’à présent, les rabbins se rendaient au chevet des malades, mais cela ne se faisait pas de façon coordonnée ou systématique. Pour ne prendre que le cas de Paris et de l’Ile de France, il n’y a aujourd’hui que 13 rabbins – aumôniers pour couvrir pas moins de 60 hôpitaux publics ! C’est d’autant plus regrettable que les textes de loi eux-mêmes prévoient que chaque patient hospitalisé a la possibilité de recevoir la visite d’un représentant du culte auquel il appartient ; musulman, chrétien, ou juif. C’est la raison pour laquelle le grand rabbin de France a créé une Aumônerie générale des hôpitaux.

- Quel est le rôle d’un rabbin – aumônier ?
- Il doit d’abord apporter un soutien religieux. Ce n’est pas parce qu’un patient est hospitalisé qu’il cesse d’être juif. Au contraire ! C’est dans ces moments que l’on lève les yeux vers l’Eternel et que l’on implore sa Miséricorde. L’aumônier est donc d’abord là pour écouter et pour apporter à ses interlocuteurs, autant que faire ce peut, la possibilité de pratiquer le judaïsme.
Il faut en outre garder à l’esprit que l’aumônier représente le judaïsme face à l’administration de l’hôpital. A ce titre, il doit pouvoir s’exprimer sur les questions éthiques mais aussi dans les cas très concrets, par exemple, pour expliquer qu’il est indispensable d’enterrer très rapidement un défunt.

- C’est la feuille de route que vous donnez à vos équipes ?
- Mon rôle à moi va effectivement consister à nommer, avec l’aval du grand rabbin de Paris, David Messas, des aumôniers supplémentaires. Nous allons mettre en place une formation obligatoire qui abordera aussi bien la halakha, la « hashkafa » que la dimension psychologique, éthique et scientifique. Des points qui seront abordés par une sommité en la matière, le Professeur Emmanuel Hirsh. L’idée centrale, est que les rabbins possèdent un bagage suffisant pour ne pas commettre d’impairs devant la maladie et la souffrance.

- Vous-vous êtes lancés pour Pourim. Bilan de l’opération ?
- Le hasard du calendrier a fait que le lancement de l’Aumônerie générale a coïncidé avec Pourim. Nous avons donc organisé des lectures de la Méguila dans 42 hôpitaux pour 350 patients juifs ! En collaboration avec le Beth Loubavitch, nous avons également distribué des michloa’h manot aux malades. C’est la première fois qu’une opération d’une telle ampleur avait lieu. Et je n’oublie pas l’immense émotion qui entourait la fête de Pourim organisée à l’hôpital Necker, à Paris, pour les enfants malades. Pour l’occasion, l’amphithéâtre avait été transformé en salle de fête et les petits malades, quelle que soit leur confession, ont pu oublier la maladie durant tout un après-midi. C’était un moment exceptionnel ! Je profite d’ailleurs de l’occasion pour remercier le président du Consistoire de Paris, Dov Zérah, qui était présent et qui plus largement nous apporte le soutien financier indispensable pour que l’Aumônerie existe.

- L’un des principaux problèmes rencontré à l’hôpital reste celui de la casherout. Que comptez-vous faire ?
- Sur ce sujet, nous avons déjà commencé à aller de l’avant ! En étroite collaboration avec les grands rabbins de France et de Paris, nous avons demandé à une société de produire des barquettes certifiées « Glatt casher » par le Beth Din de Paris. Dans un premier temps, celles-ci seront distribuées dans les hôpitaux de l’Ile de France, avant de passer à l’échelle nationale. C’est une excellente nouvelle et une avancée qui montre l’importance de l’existence d’une instance consistoriale dédiée au monde hospitalier.
En plus d’une très grande rigueur sur la casherout, nous avons également insisté sur la qualité gustative de ces barquettes. Il a également fallu prendre en compte des contraintes médicales, comme les cas de diabètes, de régime sans viande, ou sans sel… A ma plus grande joie, le célèbre nutritionniste Jean-Michel Cohen a d’ailleurs accepté de nous dispenser ses conseils et ses recettes !
Le Beth Din de Paris a également accepté que le logo hallal soit apposé sur ces barquettes. Pour nous Juifs, cela ne change strictement rien et cela permettra d’amortir les coups, puisque la nourriture destinée aux malades musulmans représente un marché assez conséquent. Sans compter que cela rendra les choses plus simples pour le personnel hospitalier.

- Et pour Pessah ?
- Avec l’appui du Consistoire de Paris, l’Aumônerie met en place une très grande opération intitulée « Matsa de l’Espoir 2010 », à l’intention des hôpitaux et des maisons de retraite. Dans le cadre de cette opération, nous avons mobilisé des centaines de jeunes Juifs qui, accompagnés de rabbins, se rendront, le dimanche 28 mars, en délégations pour distribuer des matsot chmourot et des Haggadot à nos frères et sœurs qui passeront le Séder dans un cadre médicalisé. L’idée, est de créer, si je puis dire, un « électrochoc » et de rappeler que la communauté n’oublie pas ses malades et ses anciens. Je suis très ému de voir que tous ces jeunes ont répondu aussi nombreux à la mitsva essentielle du bikour ‘holim. Et je suis sûr que lorsqu’à la fin de la journée, ils se retrouveront à la synagogue de la place des Vosges pour prier min’ha, la Guéoula sera proche !