Formation

« Quand les gouttes d’eau se rejoignent  »

par le Rabbin Mikael JOURNO

Aumônier général israélite des hôpitaux de France

Voir des personnes de tous âges dans la solitude et la  misère nous oblige à agir et réfléchir sur les actions que nous pouvons entreprendre pour les  aider dans ce désespoir.

Évidemment individuellement on peut toujours apporter une  obole à ceux que l’on rencontre dans le dénuement.

Cette goutte d’eau même si elle peut les apaiser un instant et nous rassurer  ne sera qu’une goutte d’eau dans l’immensité de l’infortune. Pour combattre la pauvreté et l’indigence il est nécessaire que les peuples, les états, les gouvernants s’engagent explicitement dans des politiques de solidarité claires avec des objectifs de réduction mesurée  de la souffrance.

Au niveau individuel chacun dans la Communauté peut s’engager pour accompagner ceux qui souffrent par des actions qui exigent de la disponibilité  mais qui apportent aux autres un mieux-être même temporaire.

Dans cette perspective l’aumônerie Israélite des hôpitaux de France a entre autres vocations de soutenir moralement et matériellement lespersonnes hospitalisées.

A cette fin les Aumôniers israélites des hôpitaux assument une présence auprès des malades juifs et leur apporte une  chaleur amicale qui  si elle ne réduit pas la douleur peut être un moment de répit moral  de leur condition.

Apporter son soutien à ces patients aide ceux qui travaillent auprès d’eux a alléger leurs activités et permet a ceux qui le font de regarder l’autre en souffrance d’une manière différente et de participer de manière active à la solidarité  humaine.Une goutte d’eau n’empêche pas l’aridité  mais des millions de gouttes font reculer le
désert.

BILAN ANNUEL 2011/2012        

DE L’AUMONERIE ISRAELITE DES HOPITAUX DE FRANCE

La formation :

La formation qui s’est déroulée du 25 au 27 octobre 2010  au Séminaire Israélite de France a été
fructueuse. En effet, les retours de cette session ont semble-t-il donné
satisfaction à l’ensemble des participants, qui ont souhaité que d’autres
formations aux relations humaines puissent être organisées dans le futur.C’est la raison pour laquelle nous avons souhaité renouveler cette rencontre afin d’échanger nos expériences respectives pour améliorer
notre mission au sein de l’Aumônerie Israélite des Hôpitaux de France.

Les sujets abordés sont de première importance : la maladie d’Alzeihmer et la vieillesse, leur aspect éthique et halakhique.

Nous aurons l’honneur de bénéficier de l’enseignement du Grand Rabbin de Paris Michel Gugenheim et du Grand Rabbin Alain Goldman.

Nous aurons également le plaisir de recevoir le Professeur Emmanuel Hirsch.

Je remercie par ailleurs l’équipe de l’Aumônerie Israélite des Hôpitaux de France qui s’investit sans compter de son temps et de son énergie pour aider nos coreligionnaires qui souffrent et qui une fois de plus a répondu présent à notre formation annuelle.

Je tiens à vous rappeler que dans le cadre de sa mission, l’Aumônier
Israélite des Hôpitaux a le devoir de respecter la laïcité et d’entretenir les
meilleures relations avec les aumôniers des autres religions ce qui est
généralement le cas et je vous en félicite.

Parmi les missions de l’aumônerie générale israélite au niveau politique, il est à noter le travail entrepris, en collaboration, et non sans difficultés, avec l’ensemble des autres confessions, le Ministère de l’Intérieur et le Ministère de la Santé en vue d’élaborer une charte nationale des aumôneries hospitalières.

Ce travail abouti a nécessité de nombreuses réunions et de nombreux contacts interpersonnels afin d’aplanir les difficultés et les
divergences de vue (ci-joint le texte de la Charte nationale des Aumôneries des
Hôpitaux de France).

Je vous rappelle que l’organisation de l’aumônerie nationale se compose d’aumôniers régionaux et d’aumôniers des hôpitaux.

L’aumônier régional est responsable sur le terrain, du travail effectué par les aumôniers des hôpitaux. Il veille à assurer un suivi
des projets au sein des hôpitaux placés sous sa responsabilité (organisation de
fêtes, distribution des barquettes cachères…).

L’aumônier des hôpitaux assure une présence active au sein de l’hôpital pour répondre aux attentes des patients israélites. Son rôle est
celui d’être disponible, d’apporter un soutien moral et religieux afin d’aider
au mieux le patient à vivre son judaïsme dans l’épreuve difficile qu’il
traverse.

Le corps des aumôniers a aussi pour rôle de présenter le udaïsme au corps médical et au personnel hospitalier sur des thèmes vastes et variés auxquels est confronté le monde du soin.

Les barquettes cachères :

Aujourd’hui, les patients de confession juive qui en font la demande ont la possibilité de bénéficier de barquettes de repas cachères.

Je vous prie de bien vouloir vous assurer que les barquettes son bien commandées et qu’elles sont stockées dans l’économat de l’hôpital pour assurer leur distribution à tout patient qui en ferait la demande.

Les événements de l’année :

Le malade vit, en plus de sa maladie, l’épreuve de la solitude, à la fois affective et
spirituelle. L’aumônerie des hôpitaux de France a mis en place une série d’actions rythmées autour du calendrier des fêtes juives.
Rosh Hashana  et Soukot :
Les aumôniers organisent les sonneries du Choffar et les bénédictions du Loulav.

Hannouca :
Les Aumôniers israélites organisent tous les soirs un allumage pour permettre aux patients de s’acquitter du devoir de l’allumage des bougies de Hannouca.

Le 8ème jour, l’A.I.H. organise son traditionnel allumage national en simultané dans les principaux hôpitaux de France.

A cette occasion, Asnath Saada, Aumônier de l’Hôpital Robert Debré (75019 Paris) a organisé cette année une fête pour les enfants malades avec spectacle de marionnettes, magicien, distribution de cadeaux… en présence
du Grand Rabbin de France.

Pourim :

L’Aumônier Acher Marciano a organisé cette année un après-midi festif à l’attention des enfants hospitalisés dans l’amphithéâtre de l’hôpital Necker enfants malades, Paris 15ème. A la suite des animations avec déguisements et goûter, a eu lieu une lecture de la Meguila, en présence des hautes autorités de la communauté.

De plus, des jeunes des Communautés juives de Paris IDF et en particulier ceux de la synagogue de la place des Vosges, dirigés par le Rabbin Olivier Kaufmann et de la Communauté Juive de Fontenay-aux-Roses, ont distribué des cadeaux aux enfants malades, alités.

Dans les principaux hôpitaux de France a eu lieu une lecture de la Meguila (une centaine d’établissements) et l’A.I.H a envoyé aux Aumôniers des hôpitaux de France plusieurs centaines de Michloah Manot  distribués le jour de Pourim.

Pessah :

Plus de 800 boîtes de Matsots Chemourot et de Haggadoth ont
été distribuées dans les hôpitaux de Paris et de province.

Plus de 60 colis ont été également envoyés aux communautés de
province invitant les Aumôniers à organiser, au sein de leur communauté, cette
opération nommée « Matsa de l’espoir ».L’ensemble de ces actions nécessite pour l’aumônerie un travail d’organisation, de coordination et d’administration qui prennent
beaucoup de temps et d’énergie au détriment d’une présence active en premier
lieu, auprès du patient mais également auprès des autorités hospitalières

Je tiens pour conclure à féliciter les Aumôniers qui ont
rendus possibles et réalisables ces événements et souhaite qu’ils soient
toujours plus nombreux pour mettre un peu de joie et de Torah dans ces moments
de souffrance.

De plus, pour une meilleure organisation de l’Aumônerie Israélite
des Hôpitaux de France, je souhaiterai dans la mesure du possible que chaque
Aumônier me fasse régulièrement un compte-rendu des activités de l’hôpital dont
il dépend afin  de mieux pouvoir l’aider et l’épauler dans sa mission.Pour cela, je me tiens à votre entière disposition par téléphone au 06.21.42.37.91 ou par mail à aih@consistoire.org.

Merci et bravo à tous.

Mikaël Journo

Programe de la formation des Aumoniers

Mercredi 30 Mai 2012 en la Synagogue de l’Aumonerie des Hopitaux

programe aumonerie

Résumé de la conférence des aumôniers israélites des hôpitaux

La conférence des aumôniers israélites des hôpitaux s’est déroulée cette année le Mercredi 30 Mai  à la Synagogue Charles Liché, Place des Vosges à Paris, avec l’accueil de son Rabbin, M.  Olivier Kaufmann.

Devant une assistance composée des aumôniers des hôpitaux mais aussi de médecins et d’auxiliaires de santé, la thématique qui a été développée a été celle du handicap, et plus particulièrement de la maladie d’Alzheimer.

L’aumônier Général des hôpitaux de France et rabbin de Fontenay-aux-Roses, M. Mikael Journo, a introduit la conférence. Il a insisté sur le regard d’amour que l’on doit porter au malade et sur l’action désintéressée de l’aumônier des hôpitaux. Après avoir remercié successivement les intervenants, il a dressé un bref bilan et les perspectives  de l’AIH. Il a notamment souligné le manque de moyens de l’AIH.

Le Dr. Joël Mergui, Président du Consistoire Central, a décrit la fonction d’aumônier des hôpitaux comme un engagement quotidien à être prêt à soulager la
souffrance de l’autre. Il a évoqué le fait qu’une personne est mieux intégrée à
la société quand elle vit bien son identité. Ainsi, une personne pratiquante
sera mieux intégrée et coopérative si on lui donne les moyens de pratiquer sa
foi, et cela facilitera d’autant le travail du personnel soignant.

Il a souligné le manque de moyens dont dispose le Consistoire pour pouvoir assurer un nombre suffisant d’aumôniers et les rémunérer.

Il a aussi exprimé la frustration de ceux qui souffrent à cause de la solitude. Cette solitude est amenée par le fait que le malade est soit seul, sans famille ou par le fait que le malade est délaissé par sa famille,surtout en ville. Le manque d’aumôniers et la solitude des malades engendrent une carence affective chez ceux qui souffrent. Il a donc évoqué, en perspective, la nécessité d’accroître les moyens d’assistance aux malades de la part de la Communauté Juive et de travailler conjointement avec les aumôniers des autres religions pour soulager la douleur des malades.

Le grand rabbin, Michel Gugenheim a traité du respect dû à une personne  atteinte de la maladie d’Alzheimer par rapport
à la Halakha.

En fait, on peut se référer à ce qui est écrit dans nos textes au sujet  de  la
démence sénile.

La question qui se pose est la suivante : Qui doit s’occuper d’une personne malade et comment ? En citant successivement Maimonide,  R .Joseph Caro et d’autres Rabbins prestigieux, on arrive aux principes suivants : C’est aux enfants qu’il incombe de s’occuper du parent malade, tant qu’ils n’ont pas à « le maltraiter » (par exemple l’attacher car il peut devenir un danger pour lui et pour les autres).  En cas
d’obligation « de maltraitance », on déléguera cette responsabilité à
une tierce personne mais les enfants devront toujours avoir un regard sur le parent et ne jamais l’abandonner.

Le Professeur Emmanuel Hirsch, Professeur des Universités et Directeur de l’espace
Ethique Assistance Publique des Hôpitaux de Paris et du Département de Recherche en Ethique, nous a dit qu’il y a 800 000 malades« Alzheimer » en France.

Il a évoqué le rapport humain que l’on doit avoir avec un patient atteint de la maladie d’Alzheimer et les problèmes éthiques qui sont soulevés :

1-La capacité décisionnelle du malade doit être respectée tant que la maladie le permet. Après, il faut en référer à ses proches.

2-L’évolution de la présence de la mort dans la vie de ces malades pose un vrai problème éthique. L’euthanasie est-elle une solution ? On ne sait pas si, dans son isolement, le malade a une vie intérieure. Par ailleurs, plus une personne est vulnérable, plus on a d’obligations envers elle.

Comment respecter ces personnes ? Face à des situations de violence, il n’y a pas de réponse. En tout état de cause, la Charte « Alzheimer, Ethique et Société » stipule que :

-aucune personne ne peut faire l’objet de discriminations dans l’accès à la prévention ou aux soins.

-les personnes sont traitées avec éthique si leurs décisions sont respectées et si elles sont protégées contre les dommages éventuels et si des efforts sont faits pour assurer leur bien-être :

-La dimension spirituelle doit être respectée.-aucun tort ne doit leur être fait.

-il faut maximiser les avantages et minimiser les dommage possibles dans les soins et les rapports humains.

Le Dr. Benhamou a posé une question et a évoqué la charge émotionnelle et physique pour les enfants qui soutiennent un malade « Alzheimer »à la maison, en soulignant qu’il y a un moment où la charge  constitue une maltraitance pour la famille et on doit alors mettre le malade dans une institution.

Le Grand Rabbin Alain Goldman a commenté la période du vieillissement et de la fin de vie.

Il faut déculpabiliser les familles et en même temps il faut connaître la situation du malade dans sa famille. Parfois, le malade vit seul.  Dans tous les cas, il faut donc
toujours accorder une attention à l’autre. La tradition juive accorde de l’importance au respect des anciens et notamment aux parents : l’analogie est faite avec les murs porteurs d’une maison
(« Si la maison s’effondre, malheur aux fenêtres », Chemot26.2).

C’est pourquoi, même si une personne est mise en institution, le contact avec la
famille est important et doit être maintenu avec le malade. L’aumônier peut
avoir un rôle de tampon et d’intermédiaire entre le malade et la famille.

En conclusion, le Président de la Synagogue de la Place des Vosges, M. Patrick
Chlewicki a fait une courte allocution pour remercier les intervenants et les
participants à cette conférence. Le Rabbin Olivier Kaufmann a remercié à son
tour les participants et les intervenants. Il a réaffirmé qu’il est très important d’être à l’écoute du malade pour qu’il puisse exprimer sa souffrance et surtout avoir un regard d’amour envers lui.
C’est la fonction essentielle de l’aumônier des Hôpitaux.

BILAN ANNUEL DE L’AUMONERIE ISRAELITE DES HOPITAUX DE FRANCE (2010-2011)  :

 

Le défi était de taille. Comment créer de manière opérationnelle l’Aumônerie Israélite des Hôpitaux ? Comment l’inscrire dans l’excellence en termes de qualité de service et de continuation ?

Ce document comprendra cinq grands thèmes principaux qui ont charpenté la vie quotidienne de cette aumônerie.

Etre aumônier israélite des hôpitaux exige en plus des connaissances juives, du savoir être et du savoir faire.

Parmi les rôles de l’aumônier il faut prendre en compte, qu’il doit affronter la souffrance de personnes dont il ne pourra pas médicalement changer le statut.

Cela lui demande une disponibilité, une écoute souvent difficile.

C’est pourquoi nous avons souhaité dans un premier temps réaliser une formation initiale et spécifique  de l’aumônier hospitalier.


La formation :

La formation s’est déroulée du 25 au 27 octobre 2010  au Séminaire Israélite de France.

Elle a été réalisée en étroite collaboration avec le Professeur Emmanuel HIRSCH, Directeur du Département de Recherche en éthique de l’AP-HP et placée sous la présidence du Grand Rabbin Michel GUGENHEIM, Directeur du Séminaire Israelite de France.

Plus de 15 intervenants dont de nombreux Professeurs en médecine, Médecins, personnels soignants et Grands Rabbins se sont succédés dispensant un enseignement de haut niveau portant sur des thèmes liés à l’éthique du soin et sur l’aspect religieux.

L’assemblée présente était composée d’une centaine de Grands Rabbins, de Rabbins et  d’aumôniers hospitaliers.

Les retours de cette formation ont semble-t-il donné satisfaction à l’ensemble des participants, qui ont souhaité que d’autres formations aux relations humaines puissent être organisées dans le futur.


Mise en place et organisation du corps des Aumôniers hospitaliers :

Dans le cadre de sa mission, l’aumônier Israélite des hôpitaux a le devoir de respecter la laïcité et d’entretenir les meilleures relations avec les aumôniers des autres religions.

Parmi les missions de l’aumônerie générale israélite au niveau politique, il est à noter le travail entrepris, en collaboration, et non sans difficultés, avec l’ensemble des autres confessions, le Ministère de l’Intérieur et le Ministère de la Santé en vue d’élaborer une charte nationale des aumôneries hospitalières.

Ce travail abouti a nécessité de nombreuses réunions et de nombreux contacts interpersonnels afin d’aplanir les difficultés et les divergences de vue.

L’organisation de l’aumônerie nationale se compose d’aumôniers régionaux et d’aumôniers des hôpitaux.

L’aumônier régional est responsable sur le terrain, du travail effectué par les aumôniers des hôpitaux. Il veille à assurer un suivi des projets au sein des hôpitaux placés sous sa responsabilité (organisation de fêtes, distribution des barquettes cachères…).

L’aumônier des hôpitaux assure une présence active au sein de l’hôpital pour répondre aux attentes des patients israélites. Son rôle est celui d’être disponible, d’apporter un soutien moral afin d’aider au mieux le patient à vivre son judaïsme dans l’épreuve difficile qu’il traverse.

Le corps des aumôniers a pour rôle de présenter le judaïsme au corps médical et au personnel hospitalier sur des thèmes vastes et variés auxquels est confronté le monde du soin.


Les barquettes cachères :

Les remarques du personnel, des patients et de leur famille nous ont fait comprendre que les patients juifs n’osaient pas toujours demander de la nourriture Cacher et demandaient de la nourriture végétarienne pour ne pas enfreindre les lois de la Cacherout.

Aujourd’hui, les patients de confession juive qui en font la demande ont la possibilité de bénéficier de barquettes de repas cachères.

Ces repas ont été élaborés par une entreprise de restauration sous le contrôle du Beth Din de Paris et avec les conseils avisés du Dr Jean-Michel Cohen, célèbre nutritionniste.

Au total c’est plus de 15 menus dont 2 sans sel qui sont proposés.

En plus de l’aspect culinaire et gustatif, nous avons mis l’accent sur une cacherout de grande qualité en optant pour de la viande exclusivement Glatt Cacher permettant ainsi à tous les juifs et même les plus pratiquants d’en consommer.

Pour développer ce nouveau marché, ces barquettes bénéficient également du logo Hallal de la Mosquée de Paris.

Ces repas sont distribués sous forme de barquettes bi-compartimentées, qui peuvent être chauffées au four à micro-ondes.

L’Aumônerie Générale Israélite des Hôpitaux de France veille dans la continuité à améliorer et à diversifier le menu de ces barquettes.

Evénements de l’année :

Le malade vit, en plus de sa maladie, l’épreuve de la solitude, à la fois affective et  spirituelle.

L’aumônerie des hôpitaux de France a mis en place une série d’actions rythmées autour du calendrier des fêtes juives.

Les fêtes juives sont célébrées dans les principaux hôpitaux français  en particulier la fête de Rosh Hashana, de Soukot, de Hannouca, de Pourim et de Pessah.


Rosh Hashana  et Soukot :

Les aumôniers organisent les sonneries du Choffar et les bénédictions du Loulav.


Hannouca :

Les Aumôniers israélites ont organisé tous les soirs un allumage pour permettre aux patients de  s’acquitter du devoir de l’allumage des bougies de Hannouca.

Le 8ème jour, l’A.I.H. a organisé un allumage national en simultané le 8 décembre 2010 à 19 h dans les principaux hôpitaux de France. A cette occasion nous avons organisé à l’hôpital Lariboisière, Paris 10ème, un allumage des bougies en présence des Grands Rabbins de France et de Paris ainsi que du Président d Consistoires.


Pourim :

L’A.I.H. a organisé un après-midi festif à l’attention des enfants hospitalisés dans l’amphithéâtre de l’hôpital Necker enfants malades, Paris 15ème. A la suite des animations festives et ludiques avec déguisements et goûters, a eu lieu une lecture de la Meguila, en présence des hautes autorités de la communauté, des Grands Rabbins de France et de Paris et du Président du Consistoire.

De plus, des jeunes des Communautés juives de Paris IDF et en particulier ceux de la synagogue de la place des Vosges, dirigés par le Rabbin Olivier Kaufmann et de la Communauté Juive de Fontenay-aux-Roses, ont distribué des cadeaux aux enfants malades, alités.

Dans les principaux hôpitaux de France a eu lieu une lecture de la Meguila (une centaine d’établissements) et l’A.I.H a envoyé aux Aumôniers des hôpitaux de France plusieurs centaines de Michloah Manot  distribués le jour de Pourim.


Pessah :

La veille de Pessah, nous avons lancé un appel à la jeunesse juive des communautés pour rendre visite aux patients des hôpitaux accompagnés des aumôniers afin de leur remettre des Matsots Chemouroth et des  Hagadoth.

400 jeunes ont répondu à notre appel, réunis à la synagogue place des Vosges, ils ont reçu un enseignement à la fois éthique et religieux de la part de hautes personnalités du corps médical et rabbinique.

Plus de 800 boîtes de Matsots Chemourot et de Haggadoth ont été distribuées dans les hôpitaux parisiens.

Cette année, nous avons étendu cette manifestation à la province en l’occurrence à Strasbourg avec le concours des élèves de l’école Akiva et de Monsieur le Rabbin Claude SPINGARN, Aumônier Régional.

Plus de 60 colis ont été également envoyés aux communautés de province invitant les Rabbins à organiser, au sein de leur communauté, cette opération nommée « Matsa de l’espoir ».

Ces différentes actions ont pour but de sensibiliser notre jeunesse au devoir de solidarité et d’entraide et à la Mitsva de Bikour Holim afin de créer plus d’empathie envers les plus vulnérables de notre communauté.

L’ensemble de ces actions nécessite pour l’aumônerie un travail d’organisation, de coordination et d’administration qui prennent beaucoup de temps et d’énergie au détriment d’une présence active en premier lieu, auprès du patient mais également auprès des autorités hospitalières.

L’aide apportée par Monsieur le Grand Rabbin de France, Gilles BERNHEIM, par Monsieur le Grand Rabbin de Paris, David MESSAS et par le Président des Consistoires Monsieur Joël MERGUI  a été et sera essentielle et déterminante pour la réussite et la poursuite des missions de l’Aumônerie des Hôpitaux.

Leur charisme et leur renommée constituent un facteur de valorisation pour les actions de l’A .I .H dans son présent et dans son avenir.

Premier Séminaire de Formation de l’Aumônerie Israélite des Hôpitaux de France (Du 25 au 27 octobre 2010)

Séminaire israélite de France

9, rue Vauquelin – 75005 Paris

Coordination :

Rabbin Mikael JOURNO, Aumônier général israélite des hôpitaux de France.

Professeur Emmanuel HIRSCH, Directeur du Département de recherche en éthique, Université Paris-Sud 11.


Programme:

Lundi 25 octobre 2010

10h15 -10h30 :

Ouverture du séminaire de formation par le Grand Rabbin de France, Gilles BERNHEIM.

10h30 -10h45 :

Allocution du Dr Joël Mergui, Président des Consistoires de Paris et de France.

10h45-13h00 :

Les fondements de l’éthique médicale par Emmanuel HIRSCH, Professeur d’éthique médicale, Faculté de médecine, Université Paris-Sud 11.

13h00 -14h00 :

Déjeuner – en présence du Président Dr Joel MERGUI, Président des Consistoires de Paris et de France et de  Simon MAREC, Secrétaire général du Consistoire de Paris.

14h00-16h00 :

Approches législatives des droits de la personne malade par Benjamin PITCHO, Maître de conférences en droit, Université Paris 8.

16h00 -16H30:

Pause Minha

16h30-18h00:

Approches éthiques et juridiques des activités hospitalières par Marc DUPONT, Adjoint du directeur des affaires juridiques et des droits du patient – Assistance publique – Hôpitaux de Paris.

Mardi 26 octobre 2010

9h30 – 11h00 :

Une théorie du soin – souci et amour face à la maladie par Gérard REACH, Professeur d’endocrinologie, Hôpital Avicenne – Assistance publique -Hôpitaux de Paris.

11h30-13h00 :

Enjeux humains, éthiques et sociaux des maladies neurologiques dégénératives par Vincent MEININGER, Professeur de neurologie, groupe hospitalier Pitié-Salpêtrière – Assistance publique – Hôpitaux de Paris.

13h00-14h00 :

Déjeuner en présence d’Alain NUTKOWICZ, chargé d’enseignement en communication à H.E.C et à l’ESCP Europe.

14h00-16h00 :

La réanimation aux limites du soin par Elie AZOULAY, Professeur de réanimation médicale, CHU Saint-Louis – Assistance publique – Hôpitaux de Paris.

16h00-16h30:

Pause – Minha

16h30 -18h00:

Fins de vie : situations cliniques par Michèle Hélène SALAMAGNE, Médecin, Unité de soins palliatifs, Hôpital Paul Brousse – Assistance publique – Hôpitaux de Paris.

Mercredi 27 octobre 2010

9h30 – 11h00 :

Accompagnement de fin de vie. Approche rabbinique par le Grand rabbin de France, Gilles BERNHEIM.

11h30 – 13h00 :

La Mitsva de Bikour Holim par le Grand Rabbin Michel GUGENHEIM, Dayan, Directeur du Séminaire israélite de France.

13h00 – 14h00 :

Déjeuner en présence de Frédéric ATTALI, Directeur général du Consistoire de France.

14h00 – 15h30 :

Le malade face à lui-même par David MESSAS, Grand Rabbin de Paris.

15h30 – 16h30 :

Les missions de l’aumônier des hôpitaux par le Rabbin Mikael JOURNO, Aumônier Général Israélite des Hôpitaux de France.

16h30 – 17h00:

Pause Minha

17h00 – 18h00:

L’aumônerie israélite des Hôpitaux de France, au cœur du projet du Consistoire de France par Dr Joël MERGUI, Président des Consistoires de Paris et de France.

Compte rendu des intervenants :

M. le Grand Rabbin de France Gilles BERNHEIM

« Quelle attitude face à la souffrance humaine? »

Le Grand Rabbin de France a rappelé devant les aumôniers des hôpitaux qu’il est confronté à cette question depuis de très nombreuses années, depuis qu’il a accompagné des malades du Sida. Car l’accompagnant veut non seulement soulager la souffrance du malade mais il aimerait voir les manifestations de ce soulagement. Que tout cela soit visible, comme évident. Or c’est parfois le contraire qui se produit. L’accompagnant fait beaucoup d’efforts pour aider le malade et il ne se passe rien, tout au moins dans le domaine du visible.

Le Grand Rabbin de France a raconté aux aumôniers une situation de souffrance à laquelle il a été confronté et qui l’a marqué: celle d’un homme de 28 ans en phase terminale du Sida, qu’il accompagnait chaque semaine depuis de nombreux mois. Sur la fin, le malade ne parlait plus, recroquevillé, comme absent. Le Grand Rabbin revenait de semaines en semaines lui parler, sans aucun retour, jusqu’au jour où le malade est sorti de son silence et s’est redressé avant de mourir.

Quelle leçon pouvons-nous tirer de cette situation vécue? De quoi le malade a-t-il besoin, si ce n’est la parole d’un humain, parole prononcée ou silencieuse? D’un humain, un seul, qui lui donne le droit d’exister quelles que soient ses fautes; d’une parole de délivrance. La présence renouvelée de l’accompagnant, bien que paraissant souvent inutile et sans effet a peut-être été, pour ce malade, le signe qu’il attendait, cette reconnaissance sans laquelle il lui était impossible de s’abandonner pour pouvoir enfin mourir.

Intervention du Grand Rabbin de Paris David Messas

« Le malade face à lui-même »

Le Rabbin Mikaël Journo rend hommage au Grand Rabbin de Paris, Rav David Messas pour son altruisme, sa patience, et sa capacité d’écoute inépuisable. Il explique quelle source d’inspiration il est pour lui.

« Un des sujets que je voudrais aborder avec vous aujourd’hui, c’est la notion de Tsniout, la pudeur, la discrétion. Ce terme m’interpelle particulièrement. Il y a «faire» et «faire savoir». Moi, je dis qu’il ne faut jamais faire pour faire savoir.

La Anava consiste, aujourd’hui, à faire de belles choses en toute discrétion. La maladie est une épreuve mais qui vous transforme aussi. Ma préoccupation est de vous parler du tikkoun qu’un rabbin doit être amené à faire pour avancer, non seulement vers l’humilité, mais même jusqu’à un détachement de tout.

Dans le cadre de ce colloque de trois jours, il est important de se pencher sur la halakha. Je vais vous parler des hilrot de Bikour Holim. Le Bikour Holim est une relation de responsabilité que nous avons vis-à-vis de l’autre. C’est un Hessed de manière générale. Le Bikour Holim s’intègre au sein de toutes les halakhot qui concernent la responsabilité que chaque individu a vis-à-vis de son prochain.

Etre juif, c’est être responsable non seulement vis-à-vis de la communauté, mais aussi vis-à-vis de chacun. Ce sentiment de responsabilité guide notre action pour soulager, pour pallier les inégalités que l’on rencontre dans le monde et participer au projet divin.

Bikour Holim est une mitsva qu’il faut savoir bien faire, sinon, on ne la réalise pas. Le but de cette mitsva est de faire en sorte que le malade se sente mieux. Il ne s’agit pas uniquement de se déplacer. Il faut savoir comment le malade va ressentir votre présence, comment il vit sa maladie et comment faire la différence par votre venue. A l’hôpital, le malade se sent exclu. L’hôpital est «le ghetto» du malade. Cette visite de l’extérieur, ni médicale, ni familiale renferme beaucoup de ressources à transmettre au malade sur le chemin de la guérison.

Je suis convaincu que la maladie est positive. Elle vous permet de voir la vie autrement et de comprendre beaucoup de choses. Il y a deux mondes : celui des gens en bonne santé et celui des «malades» qui ne participent plus à la société. On peut être très riche, on se sentira tout autant rejeté hors du monde. Lorsque l’on est malade, on est exclu. Quand on est actif, on a vite fait de se croire indispensable. La maladie amène à tout relativiser.

La responsabilité qui nous incombe est de suivre ces malades, enfermés dans cet univers hospitalier. D’aussi bonne qualité, l’hôpital puisse-t-il être, le malade se sent toujours abandonné, en marge d’un monde qu’il quitte, et qui continue à tourner sans lui.

Lorsque l’on tombe malade, d’une personne valide, capable de se battre, on devient un objet. On devient un objet dans les mains des soignants, des médecins, de sa famille. Pour un verre d’eau, on dépend de l’autre. On se sent disparaître intérieurement.

La mitsva de Bikour Holim ne consiste pas qu’à donner, elle consiste aussi et surtout à savoir donner. Il faut savoir encourager et soutenir.

Auprès d’un malade, il faut s’asseoir. Il ne faut pas risquer que la station debout, face à lui, couché dans son lit, puisse être interprétée comme une quelconque position de supériorité ou de domination.

Il faut trouver l’attitude juste à tous les niveaux : quand venir voir le patient, quel est le bon moment ? Quand faut-il prier ? Comment faut-il prier ? Quand faut-il s’arrêter de prier ?

Il faut savoir se taire. Le silence de l’écoute est primordial.

La plus grande difficulté du malade est qu’il vit un drame, et ce drame rejaillit sur sa pensée. Moi, je compare la maladie à un chofar. Le chofar est un cri viscéral que l’on a tous à l’intérieur de nous-même. Le chofar, ce sont les cris de douleur ou les cris de satisfaction. Le chofar est un mystère dont on ne connaît pas la signification. L’homme vit, il ne se rend pas compte qu’il est en bonne santé par exemple. Il vit dans l’illusion de la vie et dans l’illusion du sens d’une finalité qui est vraiment dérisoire. Il s’agit du sens que l’on donne au non-sens…

L’homme ne peut pas agir sans motivation. La vie toute entière est dans cette illusion du sens que l’on est amené à donner à certains actes en passant à côté de leur sens profond.

Ce que l’on ne voit jamais dans le quotidien, on le voit à l’hôpital. La souffrance des patients est terrible. Elle les pousse à des moments d’abandon, des moments de doute. Mais on peut atteindre un stade où l’on perçoit tout cela, comme des épreuves à traverser qui nous font grandir. Parce que l’épreuve peut conduire au doute, mais si je garde la foi, il s’agit d’un moment où je me montre doté d’une extraordinaire capacité d’élévation. Avoir cette force extraordinaire, de pouvoir intégrer dans la vie, l’idée de la mort tout en la considérant  comme une épreuve au travers de laquelle je vais pouvoir accéder au vrai sens de mon existence. »

Que ressent le patient dans de tels moments de faiblesse, où personne ne peut s’imaginer ce qui le traverse ?

« Il faut lire le chapitre sur les issourim du Maharal de Prague sur la souffrance.

On a tendance à croire que la tsniout n’est que pour la femme. Mais la tsniout est d’abord une attitude. La tsniout est ce qui fait que toutes les actions que l’on mène prenne un caractère moral, l’expression d’une générosité existentielle. J’intériorise les choses et je me sors d’une fausse existence basée sur l’illusion du pouvoir, de l’argent pour atteindre la véritable dimension de la valeur. Si la valeur n’est pas fait dans la tsniout, elle perd de sa qualité. On ne donne plus de valeur à l’illusion.

Par la tsniout, j’intériorise les choses et je sors de l’aspect superficiel des choses, de l’illusion des pouvoirs, des honneurs ou de l’argent, pour atteindre le sens des valeurs authentiques. Sans la tsniout, toute valeur se corrompt, il ne reste que l’écume de l’illusion qui meurt sur la plage de notre superficialité.

Il faut développer l’étude de la Torah, faire comprendre que l’on ne peut pas vivre sans Torah. Quelle est la différence entre la mitsva de l’étude de la Torah et la mitsva de la tsédaka ? L’étude de la Torah peut être comparée à une médecine préventive. Elle permet d’éviter la maladie. La tsédaka est un remède après coup. Au chevet du malade, la Torah doit tenir une très grande place. Il faut s’engager dans l’étude de la Torah totalement. Tout disciple qui n’a pas atteint le niveau de l’enseignement et qui enseigne est un méchant, un sot et un orgueilleux commente le Rambam. D’autre part, celui qui a atteint le niveau de l’enseignement et n’enseigne pas, empêche la diffusion de la Torah. Il ne faut pas garder la Torah pour soi-même. La Torah rejaillit sur vous et transforme votre esprit. C’est une purification. S’il y a réparation (tikkoun), il y a possibilité de survivre et de vivre. »

Questions :

Grand Rabbin Fizson :

« M. Le Grand Rabbin, je voudrais exprimer mon émotion après vous avoir écouté. Comment s’adresser à une personne qui souffre, qui vacille quand on est nous même en bonne santé ? Que dire ? ou… comment se taire ? »

Grand Rabbin de Paris :

« Le sentiment de culpabilité existe chez le malade ! La révolte aussi. Cette culpabilité aggrave la maladie du patient. Elle est naturelle. Cela nous rappelle à quel point nous devons faire attention au discours que nous tenons à un malade. Il faut faire très attention. Parfois, le malade est souriant lorsqu’il nous reçoit. Il peut dissimuler qu’il est blessé…

Il faut songer à ces choses qui allègent, qui allègent ce sentiment de culpabilité et le poids de la souffrance. Il faut aider les malades à ne pas vivre dans une constante culpabilité. On ne peut se permettre d’insinuer qu’il reçoit des coups qu’il mérite. Il ne faut pas l’inciter à vivre sa vie dans sa souffrance comme s’il le méritait. Ce sont ceux qui vous font souffrir qui sont coupables.

Il faut le voir comme un appel qui permet à l’homme de se réveiller et non pas comme une sanction méritée.

Celui qui sait qu’il a une maladie peut vivre plus longtemps que celui qui ne le sait pas. Car celui qui le sait se soigne. »


Intervention du Grand Rabbin Michel  Gugenheim,

Directeur du Séminaire Israélite de France

« La Mitsva de Bikour Holim »

Chers élèves, chers collègues, cher Mickaël,

Je vais commencer par te répondre. Merci pour tes remerciements et tout ce que tu viens de dire. La plus grande joie (na’hat = satisfaction) que je puisse connaître, c’est lorsque nos élèves «explosent», qu’au sortir du séminaire, ils se développent et font un brillant travail sur le plan de la Torah et sur le plan du judaïsme. Je te remercie pour ce que tu as déjà fait et pour ce que tu continues à faire. L’Aumônerie nationale des hôpitaux, c’est vrai que c’est quelque chose que l’on ne connaissait pas en France. Tu as eu le «zekhout» (mérite) de créer cela. Avoir été le premier, cela signifie marquer l’Histoire.

Le travail de l’Aumônier débute lorsque la maladie apparaît et se poursuit jusqu’après le décès. Cette semaine est justement encadrée par la paracha Vayéra, qui est le symbole de Bikour Holim et la paracha de Hayé Sara qui est le symbole de l’accompagnement des morts, et de leur enterrement.

Je vais parler de la paracha Vayéra et de la mitsva de Bikour Holim. A travers cette mitsva, l’objectif est que le malade recouvre la santé, que ce soutien lui apporte du réconfort pour qu’il reprenne des forces et que la maladie s’arrête.

Je voudrais donner quelques repères au niveau Limoud et au niveau Halakha puisque Bikour Holim fait partie de la Halakha. Il ne faut pas oublier que la mitsva de Bikour Holim incombe à chaque juif, pas seulement aux rabbins. Etre aumônier signifie être «privilégié» dans une mitsva qui incombe en réalité à tous.

Une Mitsva de la Tora

Nos maîtres attribuent une importance exceptionnelle à la mitsva de Bikour Holim. Il y a deux textes dans la Guemara qui font référence à cette mitsva. Dans la Guemara de Sota  (14a) ,Rabbi Hama fils de Rabbi Hanina demande  : Que signifie le verset : « Vous marcherez derrière D.ieu »(Deut.13) ?  Est-il possible de marcher derrière D.ieu alors que D.ieu est un feu dévorant ? – Mais c’est que marcher derrière signifie, «adopter le comportement de D.ieu». D.ieu a vêtu les hommes nus, D.ieu a visité les malades, consolé les endeuillés, enterré les morts –  fais comme lui».

Dans le Traité Baba Metsia (30b), Rabbi Yosef rapporte l’enseignement d’une berayta : «Tu leur feras connaître la voie par laquelle ils doivent marcher : C’est Bikour Holim.» D’après cela, il semblerait qu’il y ait une mitsva spécifique de la Torah de visiter les malades.

Dans de nombreux endroits du Chass, on parle de cette mitsva de visiter les malades comme d’une mitsva très importante. Elle fait partie des actes pieux qui sont récompensés non seulement dans le Monde futur -pour le capital- mais aussi dans le monde présent- pour les intérêts.(cf. Chabbat 127) . « C’est une grande mitsva » (Tour). « Elle compte parmi les plus grandes mistvot. » (Aroukh Hachoul’han)

Il y a, toutefois, une mah’ loket richonim pour savoir si le Bikour Holim est une mitsva deoraïta, de la Torah ou une mitsva derabannane.

Le Baal Halakhot Guédolot ( Assé N°36) est formel. Il  compte le Bikour Holim  parmi les 613 commandements. Se rendre au chevet des malades est donc un commandement de la Torah. Rabbi Chelomo Ibn Gabirol dans ses Azharot affirme la même chose. Selon R. ‘Haym Palaggi dans son ‘Hikeké lev, c’est aussi l’avis de Rabénou Yona et du Ritva. Ainsi enseigne également le Chlah hakadoch (2è partie, traité Pessa’him, p.24)

Celui qui dit que ce n’est pas un mitsva deoraïta, c’est notamment le Rambam. Bikour Holim est, selon lui, un commandement positif instauré par nos sages (14 Evel 1). C’est aussi ce qu’enseigne le Meïri (Nedarim 40).Pour ces auteurs, semble-t-il, les versets cités en appui de bikour ‘holim n’ont valeur que de Asmakhta (pseudo-déduction). C’est également ce qui ressort du Tour.

Mais Maïmonide poursuit son développement en disant que bien que cette mitsva soit d’instauration rabbinique, elle est englobée dans la mitsva d’aimer son prochain. «Tout ce que tu voudrais bien que les autres te fassent, fais-les toi, pour celui qui est ton frère en Torah et en mitsvot.»

Ainsi,au niveau de la Torah, le Bikour Holim fait partie de la mitsva globale d’aimer son prochain. Mais les ‘Hakhamim, pour renforcer auprès du fidèle l’importance de cette mitsva de la Torah, ont tenu à faire de cette mitsva générale, une mitsva spécifique d’ordre rabbinique.

Si bien, qu’en conclusion, tous les auteurs reconnaissent que la mitsva de bikour ‘holim est prescrite par la Torah. Simplement, le Rambam est d’avis qu’il y a en fait deux mitsvot: une deoraïta et une derabannane; celui qui va au chevet d’un malade, accomplit à la fois une mitsva de la Torah et une mitsva rabbinique!

Le contenu de la Mitsva

Mais je vous ai réservé un scoop… La mitsva de Bikour Holim n’est pas du tout ce que l’on croît.

Que recouvre exactement le commandement de Bikour Holim, en quoi consiste cette  mitsva ?

La source de cette question se trouve dans le Traité Nédarim (40a).

La Guemara raconte l’histoire d’un Amora, Rav ‘Helbo,  qui est tombé malade. Alors, Rav Kahana a lancé une alerte pour annoncer qu’il était malade. Mais personne ne s’est rendu à son chevet.  Rav Kahana rapporte alors l’histoire d’un élève de Rabbi Akiva qui était tombé malade. Les ‘Hakhamim ne sont pas allés lui rendre visite. Alors Rabbi Akiva est allé à son chevet. Il a balayé la poussière de la chambre. Il a aussi mouillé le sol. Grâce à  cela, le malade est revenu à la vie. Rabbi Akiva a, ensuite déclaré, que celui qui ne se rend pas au chevet du malade, c’est comme s’il avait versé le sang.

Puis Rav Dimi  enseigne: «   celui qui se rend au chevet du malade, lui apporte la vie;    celui qui ne rend pas visite au patient provoque sa mort. » Et la Guemara d’expliquer:

celui qui visite le malade, il prie pour qu’il guérisse, ce qui lui apporte la guérison. Celui qui ne lui rend pas visite, ne prie pas pour lui. De cette manière, il ne lui apporte pas la guérison.

Le Ramban, dans son Torat Haadam, (et rapporté par le Beth Yossef) énumère les compsantes de cette Mitsva, telles qu’elles ressortent de ce passage talmudique.

Tout d’abord, le Bikour Holim signifie  balayer le sol et  l’humidifier pour éliminer toute la poussière, et plus généralement, s’occuper de tout ce dont a besoin le malade et qui est nécessaire à sa santé.

Ensuite le but de Bikour Holim est que le malade retrouve le «na’hat», la sérénité, la bonne humeur. Le terme qui convient ici est : le moral. Il faut que le patient retrouve le moral avec ses amis.

Enfin, il faut  penser à implorer la miséricorde divine.

« Si quelqu’un rend visite au malade et qu’il oublie de prier pour lui, pour sa guérison, il n’a pas fait la mitsva de Bikour Holim. »

D’après le Ramban, la mitsva de Bikour Holim est donc composée de trois éléments :

Premièrement, apporter au patient ce dont il a besoin, ce qu’il veut avoir, ce qu’il demande. A ce sujet, il convient de remarquer que, contrairement à ce que tout le monde pense, Bikour, n’a jamais voulu signifier rendre visite. Levaquer signifie «contrôler», «rechercher», «investiguer»: il s’agit d’enquêter auprès du malade pour connaître ses besoins puis d’y répondre. Il faut faire cette enquête par soi-même et in situ.

De nos jours, à l’hôpital, il est important de casser la logique de l’anonymat… Lorsque l’on vient rendre visite à un patient, il n’est plus seulement un numéro lambda. La présence de la personne qui visite le malade aura pour effet de lui apporter une protection et de la considération de la part des équipes soignantes.

L’aumônier qui visite le patient doit aussi s’enquérir de plusieurs choses, au niveau alimentaire notamment. Il faut savoir si l’on sert bien la barquette cachère au patient. S’il y a un manque, il faut tâcher d’y pallier.

Par contre, il y a des limites à ne pas dépasser. Il ne faut pas se mêler du traitement médical qu’il reçoit. Il ne faut pas s’immiscer dans cet aspect confidentiel de son séjour à l’hôpital et risquer de sortir de son rôle. Il faut se montrer extrêmement prudent. L’aumônier pourrait être amené à intervenir, mais uniquement dans un cas où le dysfonctionnement est parfaitement avéré, ce qui reste de l’ordre de l’exceptionnel. Dans ce domaine, il n’y a pas de règle générale et unique. Cela relève du cas par cas. Il ne faut rien figer mais toujours veiller à être des plus prudents et à prendre le plus de précaution possible.

La deuxième chose, c’est de remonter le moral du malade. C’est la compréhension communément admise de cette Mitsva, et, effectivement, remonter le moral du patient est très important. Mais, comme nous l’avons vu, il ne faut pas réduire la mitsva à cela. Il s’agit de quelque chose de beaucoup plus vaste.

Mais le plus important, c’est de prier. (Tour)  On a vu que cette mitsva n’est pas vraiment accomplie tant que celui qui l’effectue n’a pas prié pour la personne qu’il visite. (Cf. Rema §4)

Bien sûr, on va voir un Gadol Hador pour une bérakha, mais la prière de chacun reste extrêmement importante. On remarquera que la mitsva de Bikour Holim incombe à tout juif.  Cela renvoie au fait que tout juif à la possibilité d’être entendu par D.ieu.

Quelques règles importantes

Il y a un Siman entier dans le Choul’han Aroukh Yoré Dé’ah sur la mitsva de Bikour ‘Holim, le Siman שלה.

Tout aumônier qui se respecte se doit d’avoir lu cette page du Choul’han Aroukh et ses commentaires.

Avant de reprendre certaines des règles qui y sont énoncées, je préciserai d’abord qu’il faut veiller à en saisir l’esprit pour parvenir à l’adapter ensuite aux situations que nous rencontrons de nos jours. Par exemple, on dit que la mitsva de Bikour Holim ne doit pas se faire dans les trois premières heures, ni dans les trois dernières heures du jour. Le matin, le malade est en bonne forme en général. Dans ce contexte dynamique et matinal, le souci de la santé du patient peut s’estomper et la prière effectuée risque de perdre en ferveur. En fin de journée, au contraire, le patient risque d’être trop fatigué. Dans une atmosphère trop «épuisée», le visiteur peut être en proie au découragement et, là encore , sa tefila risque d’en être altérée. Il faut donc venir au bon moment, pour prier juste.

De nos jours, il est difficile de respecter cette règle-là, mais il faut s’en inspirer malgré tout. Il faut toujours faire une tefila des plus sincères et des plus ferventes possibles, quelle que soit la situation dans laquelle se trouve le malade.

Aujourd’hui, il faut éviter d’aller à l’hôpital le matin afin de ne pas gêner le fonctionnement des services, car  les soins ont lieu le matin. D’une manière générale, il ne faut pas se rendre au chevet du malade dans les moments où notre présence n’est pas souhaitée.

Comment doit-on prier pour un malade ?

Il y a une grande différence entre prier en présence d’un malade ou en l’absence d’un malade. Quand on est enabsence du malade, la tefila doit impérativement être dite en lachone hakodesh (en hébreu), parce qu’il faut que les anges comprennent ce que l’on récite et ils ne comprennent que l’hébreu.

Mais quand on est auprès du malade, la Chékhina est présente. Lorsque l’on rend visite à un malade, on rend visite à HaKadoch Baroukh Hou en même temps. La Halakha prescrit d’ailleurs de ne   pas  s’asseoir au chevet du patient, prés de sa tête, car, ce faisant, on «écrase», on «bouscule» HaKadoch Baroukh Hou qui est présent.

(Egalement, si le patient n’est pas un Tsadik notoire, il ne faut pas s’asseoir à ses pieds, car c’est là qu’est censé siéger le Malakh Hamavet. Il vaut mieux se mettre au niveau du côté. )

Refermons cette parenthèse. Au chevet du patient, la Chékhina est présente. Si la chékhina est présente, cela signifie que l’on n’a plus besoin d’en passer par les anges. Et HaKadoch Baroukh Hou comprend toutes les langues. On peut donc prier en français ou n’importe quelle autre langue.

L’autre différence très importante, c’est qu’en présence du malade, on n’a pas besoin de dire son nom. Alors qu’en l’absence du malade, il faut impérativement dire son nom. (Cf Maguen Avraham chap.119§1, et Michna Beroura ib.)

Il faut dire :   «Untel fils de … » et le nom de sa mère, en vertu du verset des Psaumes: « Ani avdekha ben amatekha pita’hta lemosséray ».Si on ne connaît pas le nom de la mère, on dit le nom du père. Si le malade n’a pas de nom hébreu, il ne faut pas hésiter à lui donner son prénom usuel goy, ça marche très bien aussi. Mais il ne faut surtout pas l’affubler d’un prénom juif qui n’est pas le sien… Il existe tout un tas de halakhot très compliquées dans ce domaine, et si on se trompe, c’est catastrophique. Il faut faire très attention à bien prononcer, à bien transmettre le nom. C’est primordial. C’est très grave d’écorcher un nom dans un Mi ché bérakh. Et c’est ce qui peut risquer de se produire quand on n’est pas au chevet du malade. Quant on prie devant le malade, on évite tous ces soucis.

Rabbi Ovadia Yossef (Ye’havé da’at chap.83) explique aussi que prononcer le nom du malade, cela peut être dangereux. Parfois, la Midat Hadin (la rigueur) est liée au nom de la personne. Donc, quand on n’a pas à dire le nom, on met toutes les chances de son côté. C’est pourquoi la tefila, récitée en présence du malade, est beaucoup plus efficace que la tefila faite en son absence.

Vous, Aumôniers, n’oubliez pas que vous n’êtes pas acquittés de votre devoir tant que vous n’avez pas effectué cette tefila-là, celle au chevet du patient.

Cette tefila peut se faire à la deuxième ou à la troisième personne. Elle peut se faire à haute voix ou à voix basse. Je peux dire au malade : «Que D.ieu vous envoie la guérison prompte, rapide et complète.» Je peux le dire en français, sans avoir à dire le nom du patient et cela convient ainsi.

Un intervenant demande si on peut lire téhilim en la présence d’un patient même s’il est conscient.

Grand Rabbin Guggenheim : Bien sûr que oui. Après, c’est une question d’attitude. Il ne faut pas que le patient tire une mauvaise impression de cette lecture. Il faut veiller à son moral et à ce que rien dans nos agissements ne puisse être interprété dans un mauvais sens.

La question du temps de visite est importante. Que ce temps de visite soit long ou court, la mitsva s’effectue toujours. Et on peut aussi le faire cent fois. L’important est d’adapter le temps de visite à la situation.

Il est très important de ne pas peser sur le malade… Dans le Choul’han Aroukh, il est écrit qu’il ne faut pas rendre visite à quelqu’un qui souffre de problèmes intestinaux, ni à quelqu’un qui souffre des yeux, ni à quelqu’un qui souffre de problèmes au cerveau.

Il ne faut pas le faire dans ces cas, qui sont des cas où la parole soûle, où la parole fait mal au malade. Parfois, le malade n’en peut plus, mais il ne peut pas l’exprimer. Alors, il souffre en silence. Celui qui n’a pas la délicatesse de comprendre cela, n’accomplit pas du tout la mitsva de Bikour Holim!

Le Choul’han Aroukh précise cependant que cela ne signifie pas pour autant qu’on ne vient pas  du tout voir le malade. On vient le voir, mais on reste sur le pas de la porte. On ne le «dérange» pas, mais on veille tout de même sur le lui. On vérifie s’il faut faire le ménage dans sa chambre par exemple, et s’il dispose de tout ce dont il a besoin. Et on contemple sa douleur pour s’en impressionner, puis on  prie pour lui.

Parfois, des patients peuvent souffrir qu’on leur rende visite parce qu’ils ont honte de leur état. La présence d’une sonde urinaire par exemple, que l’aumônier peut voir, peut gêner considérablement le patient. Il peut se trouver dévalorisé par  son état. Pour une personne qui travaille dans un hôpital, cela ne peut avoir aucune importance mais pour le patient, c’est différent. Il n’a pas le même recul sur sa situation et son état.

Il est donc primordial de savoir être délicat et prudent par rapport à l’approche du malade.

Questions-Réponses

Le Rabbin Mikaël Journo prend la parole :

Merci Grand Rabbin pour cette leçon. Elle est pour nous une source d’inspiration qui doit nous permettre de retourner à nos textes. Nous devons toujours nous parfaire dans l’étude.

Question -

Le Rav Dov Lellouche :

Je voudrais savoir comment «nommer», et donc prier pour un foetus qui est malade. Quel nom doit-on donner au bébé ?

Grand Rabbin Guggenheim : Dans ce cas, avant la naissance, on prie pour la maman. Tant que l’enfant n’est pas sorti, on ne cherche pas à le nommer. On prie donc pour la mère, par rapport à l’enfant qu’elle attend.

Le Rav Mimran :

Si un enfant, pour des raisons de santé n’a pas pu avoir la mila dans les huit jours, comment doit-on le nommer pour la tefila ?

Grand Rabbin Guggenheim : Il faut se pencher sur les textes avec précision, pour étudier ce qu’ils préconisent. Mais je vous répondrai tout de même que l’on peut le nommer en disant : «Le bébé de … et le nom de sa mère, tinok chel…»

Rabbin Mikaël Cohen :

Comment prier pour un malade qui, dans une situation désespérée par exemple, risque de mal le prendre, notamment si je le fais à voix haute ?

Grand Rabbin Guggenheim :

Encore une fois, c’est une question d’intelligence  de situation. Le malade lit dans le regard de l’autre l’espoir ou le non-espoir. Même si lui est convaincu qu’il est condamné, et qu’il perçoit dans les yeux du rabbin de l’espoir, cela peut lui remonter le moral infiniment. Mais si je me trouve dans un cas où je sais que la tefila risque de le heurter, rien ne m’empêche de faire la tefila discrètement, à voix basse.

Rav Nissim Sultan :

Premièrement, sur Chinouy Hachem, Quid de la Ketouba ?

Deuxièmement la prière euthanasique, on trouve dans plusieurs endroits du Chass que un tel a prié pour la mort d’un tel, pour qu’il soit soulagé, qu’en pensez-vous ?

Troisièmement, comment est applicable le Vidouy du Gossess (la confession du mourant) ?

Grand Rabbin Guggenheim :

Le Chinouy Hachem, le changement de nom, est quelque chose à manier avec beaucoup de précaution. Car parfois, la seule chose qui retient quelqu’un dans ce monde, c’est son nom. Si on lui change ce nom, alors on l’achève. On court donc le risque d’obtenir l’opposé du résultat escompté. C’est pourquoi, pour faire ce genre de choses, il faut recueillir l’assentiment de grands rabbanim, plus haut que nous, qui vont conseiller et dire de quelle façon il faut faire ce changement.

Pour tenir compte d’un chinouy hachem après le décès de la personne, il faut qu’elle ait été guérie pendant au moins trente jours. Si la personne a vécu trente jours mais n’a pas été guérie trente jours… il est difficile d’entériner ce chinouy hachem qui n’a pas marché…

Si, après le chinouy hachem, la personne a guéri et a repris une vie normale, d’abord la ketouba reste kechéra pour une raison très simple: la ketouba est datée. A cette date-là, la personne portait ce nom-là, tout simplement. Mais il est possible de refaire une ketouba avec une mention spéciale qui précise ce point.

Au sujet de la prière euthanasique, c’est-à- dire du fait de prier pour que la personne meurt, le conseil que je peux vous donner, c’est de prier HaKadoch Baroukh Hou pour que les choses se passent le mieux possible. Lire tehilim par exemple, à défaut d’obtenir la guérison, peut favoriser le soulagement de la souffrance du malade, voire l’absence de souffrance au moment du trépas.. Il vaut mieux prier dans ce sens que pour la mort de quelqu’un. Prier pour que tout se passe pour le mieux, englobe tout et HaKadoch Baroukh Hou cochera la bonne case… La prière permet de toute façon que les choses s’améliorent par rapport à la façon dont elles auraient dû se passer.

La question du Vidouy de Gossess est délicate. C’est délicat de proposer cela comme solution à une personne gravement malade. Visiblement, quand tu l’as fait, ça a marché. Tout est encore ici histoire de délicatesse, d’intelligence de situation. Il faut trouver le mot pour faire passer les choses sans que cela panique le malade. Dans le doute, il vaut mieux ne rien faire. Mais si on pense que l’on peut le faire, alors, c’est vrai qu’on va respecter à la fois  la lettre et l’esprit du Choul’han Aroukh.

Le Rabbin Gabriel El Fassi :

Comme Moshé Rabbénou avait dit pour Myriam : «Ana El Na Refa Na La», j’ai entendu que cette expression peut être également employée même lorsqu’il s’agit d’un homme. Est-ce vrai ?

Rav Mimran :

Il suffit de la prononcer en aschkénaze… et ça règle le problème…

(Rires)

Rav Gallula :

Je voudrais savoir, quand une personne est atteinte d’une maladie grave, et qu’elle peut se prolonger longtemps, à partir de quand décide-t-on du chinouy hachem ?

Et est-ce que lorsque l’on fait les bénédictions de réfouah chéléma à la choule, on effectue la mitsva de Bikour Holim à l’extérieur ?

Grand Rabbin Guggenheim :

Je réponds d’abord à la deuxième question. Cette question a été très clairement abordée sous la forme suivante : Est-ce que l’on peut effectuer la mitsva de Bikour Holim par téléphone ?  Dans la mesure où la partie la plus importante de la mitsva de Bikour Holim, c’est la tefila, et que la tefila est beaucoup plus efficiente quand on la fait en la présence du malade , que ne pas faire la tefila en sa présence, c’est prier avec moins d’intensité, celui qui fait la tefila au Beth Hakenesset, ne va donc pas effectuer la mitsva de Bikour Holim.

Par contre, d’où vient ce minhag de faire le Mi ché bérakh au Beth Hakenesset, et est-ce que c’est important de le faire ?

Quand quelqu’un était malade, on allait demander une prière spécifique au ‘Hakham (Baba Batra 116a). Cet usage est notamment attesté en France à l’époque médiévale    (Nimouké Yossef ib.). Et de là, est venue l’idée de faire le Mi ché bérakh au Beth Hakenesset (Darké Moché). En ce lieu, tous les tsadikim, et tous les talmidé ‘hakhamim vont entendre le Mi ché bérakh et vont répondre «amen». Grâce à ce «amen», on aura  ainsi obtenu la prière du ‘Hakham. ( Tsits Eliézer, t.5, chap.16). Il est donc important de  prononcer  le Mi ché bérakh à haute voix pour que tout le kahal réponde «amen» .

On ne fait de chinouy hachem que pour une personne dont la vie est menacée et avec l’assentiment d’un rabbin de haut niveau bien au fait de ces choses-là.

Rav Berdugo :

Y a-t-il un sekhar (rétribution)-mitsva pour rendre visite à un malade non-juif ?

Grand Rabbin Guggenheim :

On peut poser la question plus simplement. Y a-t-il lieu ou pas de visiter ceux qui ne sont pas nos coreligionnaires ? Le Choul’han Aroukh répond très clairement que oui.

Rav Zana :

Un gossess qui ne peut pas faire le vidouy, peut-on le compter dans le minian pour faire le vidouy à sa place ?

G R G : Oui, certainement, il y a minian, parce que sa nechama entend.

Rav Moshé Elbaz :

Peut-on prendre le temps pour faire le Bikour Holim sur le Limoud HaTorah ?

G R G :

Il faudrait un cours entier pour répondre à cette question…

Il y a deux règles halakhiques qui semblent se contredire. L’obligation, au-dessus de tout, d’étudier la Torah et celle d’interrompre son étude lorsque l’on a besoin de vous.

La réponse est que le temps de la Mitsva de Talmud Torah est élastique.  Dès que l’on n’a rien à faire, c’est le moment d’étudier la Torah. Mais dès que l’on a quelque chose à faire, à ce moment-là, on n’est plus tenu par la mitsva de Talmud Torah. La mitsva de Talmud Torah s’arrête lorsque je dois me rendre au chevet d’un patient et que personne ne va le faire à ma place.

J’en profite pour rebondir sur ce qui a été dit avant-hier au sujet des réseaux que doit créer l’aumônier autour de lui pour que d’autres personnes se rendent également au chevet des patients.

Dans une communauté, un rabbin ne doit pas tout faire. Les gens autour de lui ne demandent qu’à agir, il faut qu’il sache déléguer. Il est la locomotive qui motive et guide les fidèles vers l’action. C’est de cette manière qu’il préserve le temps de son Limoud HaTorah.

Un intervenant :

Comment définit-on qu’une personne est gossess ?

G R G :

M. Claude Lemmel est un grand spécialiste de ces questions et il est venu déjà en parler au Séminaire Rabbinique. Pour lui, c’est une question d’expérience. Il faut donc s’entourer de gens qui ont l’expérience de ces choses-là. Ceux qui en ont l’habitude savent non seulement dire si la personne est gossess mais aussi quand la nechama est yots’ah. C’est une question pratique. Quelqu’un qui n’a pas l’habitude, ne saura jamais le dire.

Ce peut être un médecin s’il a l’habitude, ou bien les gens de la ‘Hevra Kadicha, dans la mesure où ils ont l’habitude d’être appelés au chevet des mourants. Il y a des choses que le mourant fait, des comportements qui permettent de déceler les différents moments. Tout ça, c’est du vécu: une expérience qui vient du vécu.



Emmanuel Hirsch

Directeur de l’Espace éthique/AP-HP, responsable de l’Espace national de réflexion éthique sur la maladie d’Alzheimer, professeur d’éthique médicale à la Faculté de médecine, université Paris-Sud 11

Coordonateur du Traité de bioéthique (3 tomes, ERES, novembre 2010)

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« Concilier morale et progrès biomédical »

Depuis le 29 juillet 1994, la France s’est dotée d’une législation relative à la bioéthique. Sa révision était jusqu’à présent fixée tous les cinq ans, afin de produire un encadrement équilibré et adapté aux évolutions et innovations biomédicales. Ainsi la loi du 6 août 2004 autorise-t-elle, à titre dérogatoire, les recherches sur l’embryon pendant cinq ans à dater de la publication du décret d’application. Tenant compte des données scientifiques actualisées et des différentes argumentations que suscite une question aussi sensible, le législateur devra parvenir à proposer un arbitrage recevable avant le 6 février 2011. C’est ainsi que notre pays s’est efforcé d’élaborer une bioéthique à la française, dans le cadre d’une large concertation qui s’est renforcée en 2009 avec l’organisation d’états généraux de la bioéthique. Les principes fondamentaux de la bioéthique affirmés dans la loi de 1994 (dignité humaine, primauté de l’être humain) constituent la référence indispensable à l’examen constant des conditions d’exercice de la recherche biomédicale. Il importe, selon une approche pluraliste et dans la plus grande transparence, d’en apprécier les justifications, l’usage qu’il en est fait, d’évaluer ses impacts et l’acceptabilité sociale de ses applications. Nos repères bioéthiques résisteront-ils toutefois encore bien longtemps à la montée en puissance de mentalités et de logiques, notamment financières, qui s’insinuent dans la gouvernance de la recherche biomédicale au point d’en fixer les objectifs, les méthodes, et de produire des normes souvent peu soucieuses du bien commun ? L’intitulé du rapport publié en janvier 2010 par la mission parlementaire d’information sur la révision des lois de bioéthique s’avère à cet égard significatif d’une double exigence qui semble pourtant ne plus s’imposer d’emblée : « Favoriser le progrès médical. Respecter la dignité humaine. [1]» Comment, en effet, concilier les principes estimés supérieurs avec les contraintes d’une recherche biomédicale menée au plan international selon des critères, des procédures et des finalités susceptibles de bouleverser nos valeurs et notre cohésion sociale ? Il est du reste éloquent que les textes internationaux de bioéthique renforcent plus que jamais les mises en garde à l’égard des dérives, abus, discriminations inhérents à un usage inconsidéré et parfois dévoyé de la biomédecine. La convention d’Oviedo affirme la nécessité de prendre en compte les graves inquiétudes induites par « des actes qui pourraient mettre en danger la dignité humaine par un usage impropre de la biologie et de la médecine[2] ». Le législateur a désormais conscience de l’urgence d’une nouvelle expression de la responsabilité bioéthique. Elle ne saurait se limiter au seul énoncé d’un texte de loi que défient les effets d’annonces et des pratiques en laboratoire difficilement contrôlables, ne serait-ce que dans une démarche d’anticipation de leurs conséquences.

Le constat est évident : alors qu’elle n’est jamais parvenue à une telle efficience, la recherche biomédicale semble parfois dériver sur des territoires improbables, à la fois fascinants et terrifiants par les perspectives qu’elle propose à la transformation de l’homme au-delà de la condition humaine. L’idée même de médecine semble questionnée par des pratiques dont la signification thérapeutique s’avère incertaine. Il ne paraît pas insensé de se demander si les droits de l’homme préserveront une certaine pertinence là où d’autres principes et finalités s’imposent insidieusement, au nom d’un « bien » dont on n’ose plus même discuter les justifications. « L’intérêt et le bien de l’être humain doivent prévaloir sur le seul intérêt de la société ou de la science.[3] » Peut-on encore soutenir sans réticence une telle résolution ?

Les nouveaux domaines où s’exerce la biomédecine, l’annexion de l’humain par des systèmes et des techniques qui pénètrent jusque dans les replis de l’intimité et visent à reformuler l’identité, à modifier les comportements constituent autant de faits inédits qui intriguent, provoquent, inquiètent. Qu’en est-il de l’idée de santé ou de la notion de « démocratie sanitaire » dans un environnement biomédical épris d’une volonté d’amélioration, d’augmentation, de transformation de l’homme au-delà de sa condition ? Fasciné également par sa capacité d’intervention, y compris sur les générations futures. Recourant aux techniques de sélection, de tri, de recombinaison, voire de reconfiguration de l’humain équipé de prothèses, de dispositifs implantables défiant les lois de la nature. À cet égard la génétique ne constitue qu’un aspect plus apparent que d’autres de menaces difficilement contestables exercées sur les droits de la personne et le respect de sa sphère privée. Le concept même de responsabilité scientifique semble équivoque au moment où les capacités de manipulation du vivant sont susceptibles d’affecter ce qui lui est constitutif. Les neurosciences, les nanotechnologies, la convergence des technologies justifieraient une approche du législateur et des autres instances concernées. Elle fait actuellement défaut, comme si déjà nous ne parvenions plus à cerner des phénomènes qui défient nos concepts. L’appropriation et l’exploitation des savoirs, la brevetabilité des éléments et produits du corps humain sont à la source d’injustices et de scandales qui deviennent insoutenables. Les thématiques de recherche biomédicale visent une solvabilité et plus encore un retour sur investissement qui méprisent l’intérêt général et révoquent les causes indignes de la convoitise incontrôlable des marchés financiers. Celles, par exemple, des sans voix qui meurent, faute de traitements, dans l’assourdissement de promesses inconsidérées ou de prouesses réservées à une élite de pourvus fascinés par l’idéologie marchande d’un progrès sans entrave. Nos controverses bioéthiques sophistiquées apparaissent dès lors indécentes à ceux qui attendent de la biomédecine l’accès à des traitements vitaux pourtant disponibles.

L’exercice de nos responsabilités bioéthiques tient à la qualité d’un débat démocratique qui doit viser à renforcer nos valeurs communes dans la détermination des missions confiées aux chercheurs et aux médecins intervenant dans le champ de la biomédecine. Il ne saurait être délégué à quelques compétences ou expertises savantes reconnues dans une autorité qui nous exonérerait d’un devoir de pédagogie, de réflexion et de concertation publique. Une même attention doit être témoignée aux questions bioéthiques « d’en haut », celles qui touchent aux mutations biomédicales et contribuent trop souvent à éloigner le médecin de sa mission première, et à celles « d’en bas » qui nous ramènent au quotidien, à la singularité et à l’humilité de l’acte de soin. Faute d’une culture partagée de la réflexion bioéthique, les positions extrêmes risquent de conforter des postures de résistance, de renforcer l’idéologisation des pratiques biomédicales, d’accentuer des clivages et les injustices au sein de la société ainsi que dans nos relations avec les populations des pays émergeants souvent plus exposées que d’autres aux ravages de la maladie. Au cours de cette révision de la loi relative à la bioéthique, le législateur aura comme défi supplémentaire le devoir de faire prévaloir les principes de la démocratie dans un environnement biomédical où s’accentuent les vulnérabilités, s’effritent nos solidarités et dominent en trop de circonstances les intérêts individualistes. Il nous faudra donc peut-être réinventer ensemble une conscience bioéthique, lui conférer la portée d’un engagement éthique et politique afin d’être unis, crédibles et résolus dans une démarche qui sollicite à la fois courage et prudence.


[1] A. Claeys, J. Leonetti, « Révision des lois de bioéthique. Favoriser le progrès médical. Respecter la dignité Humaine », Rapport d’information n° 2235, Assemblée Nationale, janvier 2010.

[2] Convention d’Oviedo pour la protection des droits de l’homme et de la dignité de l’être humain à l’égard des applications de la biologie et de la médecine, Conseil de l’Europe, 4 avril 1997.

[3] Convention d’Oviedo pour la protection des droits de l’homme et de la dignité de l’être humain à l’égard des applications de la biologie et de la médecine, Conseil de l’Europe, 4 avril 1997, article 2, « Primauté de l’être humain ».

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Séminaire aumôniers 25 oct 2010

Marc DUPONT

Adjoint au directeur des affaires juridiques et des droits du patient de l’APHP

« Aspects juridiques et éthiques des organisations hospitalières »

L’hôpital est depuis quelques années traversé par de multiples réformes : allocation des ressources, organisation des équipes médicale, modalités de gestion interne, restructurations et recompositions hospitalières, et par une évolution rapide des façons de soigner (les séjours sont plus courts, une partie croissante des soins se fait « en ambulatoire » ou à domicile). La place du patient, et plus généralement de l’usager a été reconsidérée, ainsi que l’importance des relations entre les soignés et les soignants : c’est tout l’enjeu de la promotion des droits de la personne malade et de la représentation des usagers.

La gestion des réclamations, l’écoute attentive des patients, leur information dans les différents moments de leur prise en charge (information sur le diagnostic et les soins, information sur le coût des soins, sur les accompagnements possibles, en particulier après le séjour à l’hôpital, recherche systématique du consentement,…), la prise en charge des demandes des proches, notamment, sont regardés à présent davantage comme des éléments essentiels d’un bon fonctionnement de l’hôpital. Autrement dit, la qualité des soins n’est plus seulement considérée à l’aune de la performance technique de la « médecine triomphante », mais aussi comme une suite de moments, une suite d’interventions individualisées tenant compte du contexte social, familial dont le patient est le centre et sur lequel il a forcément son mot à dire. Ceci n’a bien entendu pas pour effet de réduire l’importance de soins de qualité au plan médical et des multiples précautions pour qu’ils soient sûrs et vraiment efficaces.

Placer les besoins des patients au coeur de la réflexion sur la gestion hospitalière permet de souligner, ainsi qu’a pu l’indiquer la Cour européenne des droits de l’homme, que la liberté de religion, au même titre que la liberté de pensée et de conscience, est l’une des assises d’une société démocratique et figure parmi les éléments les plus essentiels de l’identité de beaucoup de patients. Et que l’hôpital, où se déroulent par la force des choses, pour chacun d’entre nous, des moments majeurs de la vie individuelle, doit en favoriser l’exercice.

Professeur Gérard Reach

Service d’Endocrinologie-Diabétologie-Maladies Métaboliques, Hôpital

Avicenne APHP, Bobigny

« Une théorie du soin »

Est-il possible de proposer une théorie du soin, c’est-à-dire une description de ce qui est en jeu dans cette relation unique qui se noue entre celui qui devient malade, qui sera le soigné, et celui qui a mission de le soulager, qui sera le soignant ? Elle doit pouvoir expliquer des observations en apparence étrange: la non-observance des patients (alors qu’ils savent qu’ils devraient se soigner, certains patients ne se soignent pas) et l’inertie clinique des soignants (alors qu’ils savent qu’ils devraient prescrire ou intensifier un traitement, il arrive qu’ils ne le fassent pas). Elle doit montrer comment s’articulent des principes parfois contradictoires: principes de bienfaisance, de non-malfaisance, le fameux « primum non nocere », mais aussi aujourd’hui, les principes de justice et du respect de l’autonomie du patient.  Elle doit enfin donner son sens au métier de soignant, en en montrant à la fois la grandeur et les limites.

J’ai montré comment on peut tenter de bâtir une telle théorie (1). Cette réflexion conduit à proposer que, pour le patient, le soin de soi, c’est le souci de soi, dans sa forme la plus haute, qui est l’amour de soi. Pour le soignant, le soin du patient implique la mise en œuvre réelle d’un processus de care, pouvant être défini comme le souci de l’autre, de ce qui peut lui arriver. On n’est pas très loin de la notion d’amour, au sens du mot grec philia. On reconnaît ainsi le premier verset de la prière du médecin de Maimonide : remplis mon âme d’amour pour mon art et toutes les créatures.

Une réflexion éthique est également nécessaire pour justifier une telle théorie du soin. Il s’agit en effet de montrer comment elle est compatible avec l’évitement du piège d’un paternalisme qui ne serait qu’égoïste. Il s’agit enfin de préciser sur un plan éthique la notion de confiance, qui apparaît finalement comme la pierre angulaire de la relation thérapeutique. On peut ici encore citer la prière du médecin : fais que mes patients aient confiance en moi.

(1) Gérard Reach : Une théorie du soin, souci et amour face à la maladie, préface de Bernard Baertschi, Les Belles Lettres, 2010

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théoriedusoinHirsch

Intervention du Rabbin Mikael JOURNO

Aumônier général Israelite des hôpitaux de France

La Mitsva de Bikour Holim

Etre malade que ce soit à la maison ou à l’hôpital est une expérience éprouvante.

Rendre visite aux malades devrait être simple. Cependant, beaucoup ne le font pas, parce que cela les embarrasse. Ils ne savent pas quoi dire, ni comment le dire. Ils ne savent pas non plus ce qu’il ne faut pas dire.

Ces sentiments sont compréhensibles, car les gens malades sont souvent plus sensibles et plus vulnérables par tout ce qui peut être dit par la famille ou les amis.

Selon le Rabbin Itshak Houtner, « Bikour » ne signifie pas visite mais investigation comme pour le mot « bikorette ».

Notre responsabilité dans cette Mitsva est d’enquêter sur ce que vit la personne malade en vue de mettre en œuvre toute l’aide dont elle a besoin.

Le bikour Holim est plus qu’une action bienveillante à réaliser, c’est une Mitvah.

La Mitsva de hessed (bonté) est l’un des trois piliers sur lesquels le monde repose.

La Michna établit qu’il existe certaines Mitsvot pour lesquelles aucune limite n’est prescrite. L’une d’elles est le Hessed : bonté et bienveillance.

Ainsi, le prophète Miha 6 ; 8 dit « Homme,  on t’a dit ce qui est bien : Rien que de propager la justice, d’aimer la bonté et de marcher humblement avec ton D.ieu »

Il n’est pas dit « pratiquer » la bonté, mais de l’aimer explique le  Hafets Haïm.

Notre exemple d’imitation de D.ieu dans son hessed apparaît clairement après la circoncision d’Abraham. Le Talmud Sota 14 ; 8 note que Hachem lui est apparu dans les plaines de Mamré le troisième jour après la circoncision (car la douleur est plus grande le troisième jour après l’opération).

« D.ieu est apparu à Abraham » signifie qu’Il lui a rendu visite ainsi nous devons rendre visite aux malades. Lorsque nous accomplissons cette Mitsva, la Torah considère que l’on sauve une vie. (Rabbenou Tam,Sefer Hayachar. Ch. 13)

Les sages ont mis en évidence que le Hessed, réalisé avec sa propre personne, peut être décliné de trois manières : la pensée, la parole et l’action. (Hafets Haïm Ahavat Hessed).

La Mitsva de Bikour Holim englobe ces trois moyens. La pensée correspond à la prière : La Téfila (Berakhot 10 a) : Prier pour la guérison d’un malade est un point essentiel du Bikour Holim.

Le Beth Yossef (Yored Deah 335 ; 6) écrit qu’on ne s’est pas acquitté de la Mitsva de rendre visite aux malades si l’on n’a pas prié pour la guérison de la personne.

La phrase que l’on prononce habituellement est :

« Que le tout puissant soit pour toi miséricorde ainsi que pour tous les malades d’Israël. »

Regards sur la fin de vie et le rôle de l’aumônier

Lorsque l’on parle de processus de fin de vie, on peut aborder cette difficile question de différentes manières : Parler du malade lui-même, de ses proches ; parler de l’approche de la maladie dans les hôpitaux, parler d’une approche juive de la maladie ; des soins palliatifs lorsque l’on renonce à guérir et que l’on choisit un traitement de confort… Toujours est-il qu’il est nécessaire de faire une introduction à tous ces axes de réflexions.

La prise de contact : C’est la première chose que l’aumônier doit réussir : Etablir un contact et par la suite une confiance avec le patient. Une personne malade peut être affectée dans ses perceptions et son psychisme est également atteint. Elle doit particulièrement être ménagée.

La réussite de cette prise de contact passe par l’écoute. C’est en écoutant le patient que l’on va parvenir à établir une relation de confiance. Il faut se montrer disponible et attentif.

Enfin la confiance passe bien sûr par la discrétion. Dans le cadre de la maladie, il est question, bien évidemment, de quelque chose de plus important que la simple discrétion : le secret professionnel. On ne doit rien communiquer sur l’état de santé d’une personne. Mais la discrétion, c’est aussi une attitude. Surtout dans le contexte de la fin de vie, il y a des choses à ne pas dire. Il faut se montrer particulièrement attentif à l’interprétation qu’il peut être donné à nos propos. Certains mots ou expressions doivent être bannis dans ce contexte de part leur connotation. D’une manière plus générale, l’humilité est un point essentiel. Il faut toujours savoir rester en retrait, laisser toute la place au patient pour qu’il puisse se raconter s’il le souhaite et partager ce qu’il vit avec une personne extérieure. Le fait d’être extérieur, « étranger » doit être un point fort pour l’aumônier ; le patient peut se sentir d’autant plus libre de se confier.

Le mot « malade » se dit en hébreu « Holé ».

Comme c’est souvent le cas en hébreu, la racine de ce mot renvoie à toute une réflexion à laquelle nous devons être attentifs.

« Holé » renvoie d’abord à « Ya’hel » : l’espoir. « Ya’el Israël el Hachem. » L’espoir de s’en sortir ; de voir se terminer cette épreuve.

Le mot Hiloul signifie « profanation ». Une atteinte est fait est à mon corps, mon intimité est mise à mal. Comment trouver la force de faire face lorsqu’on est atteint au plus profond de son être, à l’endroit qui commande l’autonomie de mouvement, de pensée etc.. .

Enfin, le mot « Holé » renvoie au mot « Hol » : le sable. Le sable, c’est le grain de sable qui vient se glisser dans les rouages de cette grande mécanique qu’est le corps humain et qui peut tout remettre en question. Ce grain de sable, ce « corps étranger » provoque un désordre dans le corps. La maladie, c’est un désordre que subit le corps. Mais le grain de sable est aussi cette particule infime qui se glisse dans l’huître pour devenir une perle précieuse et magnifique. Le désordre semble rejoindre l’espoir à ce moment-là…

L’aumônier doit être aujourd’hui un professionnel. Il doit connaître le milieu hospitalier, les différentes spécialités, les différents examens médicaux pour être crédible face au patient.

L’ensemble des « professionnels » se complètent. Ils doivent travailler ensemble pour la guérison du patient. Les conflits d’intérêts n’ont pas de place face à la maladie. Il faut donc encore une fois, penser à mettre son égo de côté. Aucune espèce de rivalité ne doit venir gêner la mission de l’aumônier aux dépens du malade. Le rabbin doit se montrer exemplaire.

Les lois juives qui régissent notre relation au patient et à sa famille, trouvent une expression particulière dans la proximité envers le malade durant le traitement mais aussi dans la période de deuil qui suit le décès.

La période des Shiva que nous ne pouvons développer ici mais qui, à travers ce chiffre symbolique de la création, veut redonner une autre image de l’être aimé, aujourd’hui disparu. Non pas celui qui a été le sujet de toutes les souffrances, a subit des bouleversements physiques et psychiques mais surtout, de celui qui a été mon père, ma mère, mon enfant, mon proche, dans toute sa grandeur.

Enfin, savoir que le travail de deuil ne suit pas toujours le décès. Quelquefois des mois, des années après une disparition un nouveau cap, difficile à franchir. Et là, le proche est souvent bien seul…